En bref : l'échelle de Bristol, c'est quoi ?
L'échelle de Bristol classe les selles en sept types, des morceaux durs et séparés (type 1) à la selle entièrement liquide (type 7). Elle a été conçue à l'hôpital de Bristol parce que la forme de la selle reflète le temps qu'elle a passé dans l'intestin : plus elle y reste, plus le côlon en retire l'eau, plus elle durcit. Les types 3, 4 et 5 sont considérés comme normaux, le type 4, lisse et molle comme une saucisse, étant la référence.
- Types 1 et 2 : transit lent, selle trop sèche, tendance à la constipation.
- Types 3 à 5 : zone normale.
- Types 6 et 7 : transit rapide, selle trop hydratée, selles molles à diarrhée.
- La couleur compte aussi : des selles décolorées, noires ou avec du sang imposent de consulter.
On en parle rarement, même à son médecin. Pourtant, la selle est le seul compte rendu quotidien, gratuit et immédiat de ce qui se passe dans votre intestin. Sa forme dit à quelle vitesse le contenu a voyagé, sa couleur dit si la bile et la digestion des graisses font leur travail, et sa régularité, jour après jour, raconte vos repas des jours précédents.
L'échelle de Bristol a été créée pour sortir ce sujet du flou. Au lieu de « un peu molles » ou « pas terribles », elle donne sept types précis, que vous pouvez retrouver d'un coup d'œil et que les médecins utilisent dans les études comme en consultation.
Les 7 types de selles de l'échelle de Bristol
| Type | À quoi elle ressemble | Ce que ça indique |
|---|---|---|
| Type 1 | Petits morceaux durs et séparés, comme des noisettes, difficiles à évacuer | Transit très lent, selle très déshydratée |
| Type 2 | En forme de saucisse, mais grumeleuse et bosselée | Transit lent |
| Type 3 | Comme une saucisse, avec des craquelures en surface | Normal |
| Type 4 | Comme une saucisse ou un serpent, lisse et molle | Normal, la référence |
| Type 5 | Morceaux mous aux bords nets, faciles à évacuer | Normal, vers le rapide |
| Type 6 | Morceaux floconneux aux bords déchiquetés, selle pâteuse | Transit rapide, selle molle |
| Type 7 | Aqueuse, sans morceau solide, entièrement liquide | Transit très rapide, diarrhée |
Pourquoi la forme de la selle dit le temps de transit
Le côlon a deux rôles : faire avancer son contenu et en récupérer l'eau. Tant que la selle stationne, l'eau continue d'être réabsorbée. Une selle qui traîne sort donc sèche et fragmentée ; une selle qui traverse trop vite sort chargée d'eau.
Ce n'est pas une image. Chez 66 volontaires dont on a mesuré le temps de transit avec des marqueurs radio-opaques, la forme de la selle suivait le temps de transit mieux que le nombre de selles ou leur poids. Quand les chercheurs accéléraient le transit avec un laxatif, puis le ralentissaient avec un anti-diarrhéique, c'est encore la forme qui suivait le mieux ces changements (Lewis et Heaton, 1997). La teneur en eau suit la même pente : chez 169 volontaires, le type choisi sur l'échelle correspondait à l'eau réellement mesurée dans la selle, qui augmentait des types durs aux types mous (Blake et al., 2016).
Conséquence pratique : pour savoir si votre transit va trop vite ou trop lentement, regarder la forme de la selle renseigne mieux que compter les passages.
Quel type de selle est normal ?
Les types 3 à 5 forment la zone dite normale. Dans un grand échantillon représentatif d'adultes américains qui estimaient avoir un transit normal, 90 % des hommes décrivaient des selles de types 3 à 5, et 90 % des femmes des types 2 à 6 ; côté fréquence, 95,9 % allaient à la selle entre trois fois par semaine et trois fois par jour (Mitsuhashi et al., 2018).
Le « normal » est pourtant moins répandu qu'on le croit. Dans l'enquête fondatrice menée à Bristol sur près de 1 900 personnes, les selles de forme normale ne représentaient que 56 % des selles chez les femmes et 61 % chez les hommes, et seuls 40 % des hommes et 33 % des femmes avaient un rythme régulier de 24 heures (Heaton et al., 1992). Une selle hors zone de temps en temps n'a donc rien d'alarmant. Ce qui compte, c'est la tendance sur plusieurs semaines.
Types 1 et 2 : des selles dures
Des selles de types 1 et 2 disent que le contenu a stationné trop longtemps dans le côlon. C'est la signature de la constipation : selles rares, efforts de poussée, sensation de vidange incomplète. La cause peut être simple, un manque de fibres ou d'eau, ou plus profonde, un moteur intestinal au ralenti ou un gaz, le méthane, qui freine le transit. Nous détaillons les gestes et l'ordre des opérations dans notre article constipé, que faire ?.
Types 6 et 7 : des selles molles ou liquides
À l'autre bout, des selles de types 6 et 7 disent que l'eau n'a pas été réabsorbée : parce que le contenu est passé trop vite, parce que quelque chose l'attire dans l'intestin, ou parce que la paroi en laisse sortir. Une selle de type 6 isolée reste banale. Des types 6 et 7 presque à chaque passage, semaine après semaine, forment un signal. Les causes à vérifier sont détaillées dans notre article selles molles : causes et que faire, et si elles se concentrent au réveil, dans selles molles le matin au réveil.
Couleur et aspect : claires, jaunes, collantes, noires
La couleur brune vient de la bile : ses pigments sont transformés par les bactéries du côlon. Toute couleur qui s'en éloigne a donc une explication, banale ou non.
- Selles vertes. Souvent un transit rapide, qui n'a pas laissé le temps aux pigments de la bile de brunir, ou beaucoup de légumes verts. Isolées, elles sont sans gravité.
- Selles jaunes, grasses, collantes, qui flottent. Des selles molles et collantes, difficiles à évacuer et qui laissent des traces, peuvent signaler des graisses mal absorbées. La Société nationale française de gastro-entérologie décrit cette diarrhée graisseuse, la stéatorrhée, comme la principale manifestation d'un pancréas qui ne fournit plus assez d'enzymes digestives (SNFGE). Elle se voit aussi dans la maladie cœliaque ou quand les acides biliaires manquent. Si elle se répète, parlez-en à votre médecin.
- Selles claires, décolorées, couleur mastic. Si la bile n'arrive plus dans l'intestin, la selle perd sa couleur ; associée à des urines foncées ou à un teint jaune, la décoloration des selles est un indice d'une jaunisse liée à un problème de sécrétion de la bile (SNFGE). Consultez rapidement.
- Selles noires. Le fer en comprimés et certains aliments foncent les selles. Mais des selles noires, poisseuses et malodorantes peuvent être du sang digéré, le « méléna », signe d'un saignement digestif haut (SNFGE). Sans fer ni cause alimentaire évidente, c'est une urgence.
- Selles rouges. La betterave colore les selles. Du sang rouge dans les selles ou sur le papier impose de consulter.
Ce que la selle dit de votre assiette et de votre flore
La selle d'aujourd'hui ne raconte pas le repas de ce midi : elle raconte les jours précédents. Et ce qu'elle raconte dépasse le transit.
La forme des selles est liée à la flore elle-même. Chez 53 femmes en bonne santé, le type sur l'échelle de Bristol était associé à tous les grands marqueurs du microbiote : plus les selles étaient molles, plus la diversité des espèces bactériennes était faible ; à l'inverse, les selles dures s'accompagnaient de davantage de Methanobrevibacter, l'archée qui produit le méthane et freine le transit (Vandeputte et al., 2016). La cuvette donne donc une indication, grossière mais quotidienne, de l'état de l'écosystème qui entretient la paroi de l'intestin.
Ce qui nourrit cet écosystème vient d'une seule source : le végétal. Les fibres, qui retiennent l'eau dans la selle et nourrissent les bactéries productrices de butyrate, le carburant de la paroi, n'existent pas dans la viande, le poisson, les œufs ou les fromages, et les produits ultra-transformés en ont perdu l'essentiel. Dans la cohorte EPIC-Oxford, qui a suivi plus de 20 000 adultes, les végétaliens allaient plus souvent à la selle que les mangeurs de viande, et la fréquence montait avec les fibres (Sanjoaquin et al., 2004).
À l'inverse, certains additifs des produits transformés usent la couche de mucus qui protège la paroi : dans un petit essai contrôlé, un émulsifiant courant, la carboxyméthylcellulose (E466), a réduit la diversité de la flore en 11 jours (Chassaing et al., 2022).
C'est pour cela qu'une selle hors zone ne se corrige pas d'un repas à l'autre, mais par ce que l'on remet dans l'assiette jour après jour. Ce n'est pas l'écart qui compte, c'est la répétition. L'application BCH Scan sert exactement à cela : scannez le code-barres d'un produit, elle calcule sa charge inflammatoire à partir de ses mécanismes, repère les émulsifiants sur l'étiquette, et fait remonter le végétal entier, noté jusqu'à 100 sur 100. Le classement des aliments courants est détaillé dans notre article sur l'alimentation anti-inflammatoire.
Tenir un carnet de selles sur sept jours
Parce que la tendance compte plus que la selle isolée, le plus utile est de noter, pendant sept jours : le type sur l'échelle, l'heure, l'urgence éventuelle, et ce que vous avez mangé la veille. Ce carnet vous montrera si vos selles sortent de la zone de façon régulière, à quel moment de la journée, et après quels repas. C'est aussi le document le plus parlant à montrer à votre médecin.
Des selles hors zone depuis des mois : reprendre le terrain dans l'ordre
Selles molles, dures ou irrégulières depuis longtemps : le Programme Réparation Intestinale déroule sur 12 semaines la séquence qui remet transit, paroi et flore en ordre, profil par profil, 100 % végétal et sans gluten, avec les repères pour savoir quand passer à l'étape suivante.
Questions fréquentes
La forme de la selle dit le temps qu'elle a passé dans l'intestin
- Sept types : 1 et 2 durs (transit lent), 3 à 5 normaux, 6 et 7 mous ou liquides (transit rapide).
- La forme reflète le temps de transit mieux que le nombre de selles.
- Une selle hors zone de temps en temps est banale ; c'est la tendance sur plusieurs semaines qui compte.
- Selles décolorées, noires sans prise de fer, sang, selles grasses qui se répètent : on consulte.
- La selle reflète la flore, et la flore se nourrit de végétal : ce n'est pas l'écart qui compte, c'est la répétition.
Ce qu'il faut retenir
L'échelle de Bristol transforme un sujet gênant en une information précise. Regarder la forme de ses selles pendant une semaine renseigne sur la vitesse du transit, sur l'eau que garde la selle, et indirectement sur l'état de la flore qui protège la paroi. Une selle hors zone de temps en temps ne dit rien ; une tendance qui dure dit quelque chose, et elle se corrige par ce que l'on met dans l'assiette, jour après jour.
Pas d'opinions, que des données.
Passer de l'observation à un plan clair
Vous savez maintenant lire vos selles. Pour passer à l'action, deux niveaux : le parcours écrit qui remet transit, paroi et flore en ordre, étape par étape, ou quatre semaines avec Nicolas pour l'installer chez vous, semaine après semaine.

◆ Optimum° · N°4 · Août 2026
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